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Entretien avec Luna Picoli-Truffaut

Luna Picoli Truffaut 1

Elle est l'égérie du fifib 2016 et une artiste touche-à-tout qui aborde le métier d'actrice de manière instinctive. Rencontre avec Luna Picoli-Truffaut, le visage du film-annonce -"atemporel et suspendu" dit-elle - réalisé par Mikhaël Hers.

Votre formation initiale, c'est les Beaux-Arts en 2007. En plus d'être actrice, vous êtes photographe, dessinatrice, chanteuse. Y a-t-il un dénominateur commun entre ces différentes occupations ?

Le dénominateur commun entre tout ça… je ne sais pas trop. La curiosité d’essayer et l’envie d’apprendre peut-être ? Ou un côté boucle d’or : je cherche ce qui est pile à ma taille. 

Vous avez confié dans une interview avoir pris des cours de théâtre « en cachette ». Pourquoi tant de discrétion ?

Parce que ces cours étaient un outil d’émancipation. Il y avait - et il y a - cette envie d’être un instrument pour interpréter les histoires des autres mais aussi, à travers ça, un besoin de me débarrasser du jugement et de la peur de déplaire. J’avais besoin de me lancer sans l’influence d’avis extérieurs pour ne pas risquer de me défiler. 

Vous avez joué dans des clips et courts métrages (Les Enfants de Jean-Sébastien Chauvin, Les Nébuleuses Affectives de Consuelo Frauenfelder et Stefan Lauper) et dans des longs : Rouges sont les Rêves de Fanny Ardant, Deux Rémi Deux de Pierre Léon, Rosalie Blum de Julien Rappeneau. Avez-vous abordé les choses de la même manière, quel que soit le format ?

Je ne travaille jamais de la même manière. Je vois ça un peu comme la cuisine : il y a des ingrédients, des préparatifs, mais pas de recettes. C’est en fonction de mes envies et des besoins du projet. Je cherche à anticiper, à me nourrir d’informations et d’inspirations pour mieux tout effacer au moment du tournage afin d’être au plus proche d’un « ici et maintenant ». C’est pas très clair ce que je raconte mais finalement je crois que moins j’intellectualise ce que je fais plus je suis disponible pour juste faire et faire juste.

A propos de votre rôle de mère dans Les enfants, Jean-Sébastien Chauvin dit : « derrière sa beauté elle dégage une étrangeté et un sentiment d'inquiétude qui va bien avec le personnage, cette mère un peu trop jeune, à la fois proche des enfants et définitivement "autre", perdue dans un monde qui l'éloigne de celui de ses propres enfants. D'un plan à l'autre elle peut d'ailleurs être très différente, son visage a une plasticité étonnante si bien qu'elle passe d'un âge à l'autre au moment de la coupe, passer de l'enfance à la vieillesse, de l'insouciance à une fatigue intérieure sans prévenir. » Vous vous retrouvez dans ces propos ?

Ce qui n’a pas été précisé et qu’il faut savoir, c’est que durant cet entretien je braquais un revolver chargé sur Jean-Sébastien. 
Trêve de bêtises, ça me fait très plaisir. Si c’est ce que pense mon réalisateur alors je me dis que j’ai réussi la transmission de ce qui était, à mes yeux, déjà présent dans l’histoire. 

Puisque l'on parle de rapport filial, il est une question qu'il est difficile de ne pas vous poser. Sur le plan artistique et personnel, comment vivez-vous le legs de votre grand-père François Truffaut ?

J’aime énormément son cinéma et ses écrits mais ce «legs » c’est avant tout la chance d’avoir la famille que j’ai aujourd’hui : cinéphile, créative et très singulière. 

Luna-Picoli-Truffaut-3.jpg#asset:1393:rePouvez-vous nous dire quelques mots sur la collaboration avec Mikhaël Hers pendant le tournage de la bande-annonce du fifib 2016 ? Connaissiez-vous ses films avant de travailler avec lui ?

J’avais vu Ce Sentiment de l’Été après être tombée sur la bande annonce au cinéma. J’adorais l’idée de voir Marie Rivière et Josh Safdie dans un même film mais je ne connaissais pas les films précédents de Mikhaël et nous ne nous étions jamais rencontré avant ce projet du Fifib. 
En revanche je connaissais Sebastien Buchmann, son merveilleux chef opérateur, avec qui j’avais été en tournage à 12 ans pour L'Adolescent de Pierre Léon. 
Pour le teaser ces deux jours de tournage étaient une bulle dans laquelle je serais bien restée plus longtemps. J’ai vraiment adoré faire ces déambulations avec Mikhaël. Il sait ce qu’il cherche mais semble tout à fait perméable à son environnement, ce qui crée quelque chose de très organique. 
Être là et « ne rien faire » sans essayer de fabriquer pour combler le temps, c’est finalement l’exercice le plus difficile et Mikhaël sait mettre les choses en place afin de capter ce lâcher prise. Il y a beaucoup de liberté et de délicatesse dans sa façon de travailler et ça se fait dans la douceur pour toute l’équipe. Puis son rapport à la musique est vraiment intéressant. D’ailleurs je ne sais pas si on le remarque dans le film mais mon personnage porte un t-shirt du groupe bordelais Gamine. J’aime bien ce détail discret qui raconte énormément. Un peu à l’image que je me fais de Mikhaël. 

Le film-annonce que vous avez tourné ensemble évoque un croisement entre un film de la Nouvelle Vague et un film d'horreur polanskien. On a le sentiment que votre personnage se dédouble, qu'on est à la lisière du fantastique. Quelles impressions vous a fait le résultat ?

Oui c’est vrai. Et la musique et les zooms vont dans ce sens aussi. J’aime la mélancolie qui se dégage de cette rencontre triptyque entre Bordeaux, le regard à la Bolex et la musique d’André Popp. Ca donne quelque chose d’atemporel et de suspendu. 

Vous avez grandi entre la France et les Etats-Unis. Y a-t-il une carrière qui se profile pour vous également de l'autre côté de l'Atlantique ?

Ca serait formidable : ma valise est prête et mon passeport à jour.


Interview réalisée par Nathan Reneaud

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